Embauche des personnes immigrantes : un constat navrant

----  |  12 septembre 2018

Une enquête récente réalisée par la Banque de développement du Canada (BDC) auprès de 1 028 employeurs à travers le pays révèle que seulement 18 % d’entre eux se disent prêts à recruter des immigrants pour faire face à une pénurie de main-d’œuvre. Un constat fort surprenant qui a fait l’objet d’un article dans Le Devoir et qui touche directement la pratique de nombreux membres de l’Ordre.

Alors que bon nombre de secteurs du marché du travail sont confrontés à des pénuries de main-d’œuvre, il est plutôt consternant de lire que « […] lorsqu’on leur demande quelles sont leurs stratégies pour combler leurs besoins, [les employeurs] préfèrent embaucher du personnel moins qualifié ou plus jeune et le former en entreprise, ou encore des retraités, ou même augmenter les salaires plutôt que de recruter des immigrants. »

Le rôle des c.o.

« Pour l’OCCOQ, ce type de constat est préoccupant et il met en évidence toute l’importance du rôle des c.o. au sein de la société. En tant qu’experts de la relation individu-travail-formation, ils sont aux premières loges face à ce type d’enjeux », déclare Josée Landry, c.o. et présidente de l’Ordre. En effet, aider des personnes à faire un bilan de compétences et à se repositionner pour prendre leur place sur le marché du travail alors que cette enquête révèle qu’elles risquent de se buter à des portes fermées, sans égard à leurs compétences, peut générer un sentiment d’impuissance. À ce titre, les c.o. œuvrant au sein des organisations et dans le secteur de l’employabilité sont bien placés pour contribuer aux efforts de sensibilisation des employeurs ainsi qu’à la déconstruction de certains préjugés.

Mirela Mocka, c.o. pour le programme d’orientation de carrière destiné aux professionnels de la santé internationaux au Club de recherche d’emploi Montréal Centre-Ville (CREMCV) et nouvelle membre du c.a. de l’OCCOQ, porte la réflexion un peu plus loin : « Notre responsabilité professionnelle et sociale en tant que c.o. devrait nous amener à dépasser le cadre habituel de nos pratiques en intervention microsociale. Par exemple, il serait souhaitable que nous sortions un peu plus de nos bureaux et que nous nous impliquions davantage dans les sphères politiques où se prennent les décisions qui concernent les besoins de main-d’œuvre et l’intégration professionnelle des nouveaux arrivants, que nous intervenions plus auprès des organisations publiques et des entreprises privées en offrant de la formation et de l’accompagnement en approche interculturelle, que nous soyons davantage présents au sein des c.a. d’organisations pour influencer les mentalités, etc. »

Réaction de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés

« Le manque de main-d’oeuvre est plus présent que jamais, particulièrement en région et au sein des PME. Faire appel aux bassins de travailleurs sous-représentés, tels que les travailleurs issus de l’immigration, est l’une des solutions pour faire face à la pénurie de main-d’oeuvre. Malgré la bonne volonté de la plupart des employeurs, des biais culturels inconscients ainsi que des barrières freinent parfois le recrutement de ces travailleurs qui sont pourtant cruciaux afin de maintenir la croissance, voire même la pérennité, de nos organisations. Il faut donc adapter nos pratiques en matière de recrutement et ne pas hésiter à faire appel aux organismes qui soutiennent les nouveaux arrivants, puisqu’ils sont des alliés trop souvent oubliés », affirme Manon Poirier, CRHA, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Par ailleurs, l’Ordre des CRHA met actuellement en oeuvre une stratégie qui vise à favoriser le développement de milieux de travail inclusifs, sains et équitables. Cette stratégie vise donc à sensibiliser et outiller les dirigeants, les professionnels en ressources humaines ainsi que le grand public sur cet enjeu.

Un dossier à suivre de près

Tel que mentionné dans l’article, les données révélées par cette enquête devraient mener à des études subséquentes afin de mieux comprendre les raisons derrière cette réticence affichée des employeurs envers l’embauche de travailleurs issus de l’immigration pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre.