Couper dans l’insuffisant !

Nouvelles  |  11 juin 2015
Lettre ouverte du président de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec

Couper dans l’insuffisant

Il y a quelques jours, des quotidiens du Québec ont annoncé une diminution de plus de 250 professionnels dans les Commissions scolaires. Quand les choix budgétaires se font au détriment des services à une population auprès de qui les services publics ont les plus grands effets à long terme, les jeunes, les conséquences sont désastreuses. Ces choix, dits budgétaires, par leurs effets, sont des choix de société.

On s’imagine que tout élève peut rencontrer individuellement un conseiller d’orientation, au besoin, pour un questionnement personnel, un problème d’orientation (indécision, anxiété, confusion) ou pour faire un choix tenant compte d’une situation de handicap ou un problème d’adaptation ou d’apprentissage. Les études montrent que l’accessibilité à ces services est déjà très en-deçà du niveau des besoins. Dans la majorité des commissions scolaires, des élèves qui l’auraient souhaité n’y ont tout simplement pas accès, faute de ressource disponible.

Ces coupures, effectuées dans un service déjà mal en point, auront un impact évident au niveau de la réussite des jeunes et même au niveau de notre prospérité collective.

La conséquence, c’est d’avoir encore moins d’élèves qui pourront rencontrer un professionnel pour aborder leurs questionnements par rapport à eux-mêmes, leur identité et leur avenir. C’est encore moins d’élèves avec qui on prendra le temps de voir comment ils pourraient, malgré certaines limitations, exploiter leur plein potentiel. Moins d’élèves qu’on aide à réaliser un projet à la hauteur de leurs aspirations au lieu de se retrouver dans une « voie d’évitement ». Moins d’élèves qui ont l’occasion de voir qu’une « profession gagnante » ne l’est pas pour eux si elle ne correspond pas à leur personnalité ou à leurs talents, mais qu’une autre avenue, moins connue, répondrait beaucoup mieux à leurs besoins.

Alors que le tiers des étudiants de cégeps change de programme et que le quart abandonne carrément les études, alors que la diplomation secondaire dans les temps prévus est toujours problématique, alors que certaines filières et options professionnelles moins connues sont désertées, au grand dam des entreprises qui ont besoin de ces compétences, il y a des choix qui non seulement n’aideront pas à résoudre quoique ce soit, mais qui risquent fort d’aggraver les choses.

Persévérance, réussite scolaire, santé mentale, adéquation formation-emploi : si ce sont vraiment des priorités, pourquoi diminuer nos ressources collectives lorsque le retour sur l’investissement est déjà démontré ?  Sincèrement, je ne comprends pas.

Laurent Matte, c.o.,

Président de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec