Comment se manifeste le sens politique dans nos milieux de pratique ?

Le sens politique, c’est par exemple décider qui consulter en amont d’une décision importante en n’oubliant surtout pas de prendre en considération ceux qui souhaitent ardemment être consultés. C’est aussi porter attention à qui est en copie conforme d’une communication qui interpelle une personne en particulier ou lui rend des comptes. C’est trouver des arguments en accord avec les sensibilités d’un décideur ou d’une décideuse. Le tout, au bénéfice de l’organisation et des gens qui la composent, de leurs besoins, de leur développement.

Plus concrètement, pour aiguiser ses habiletés politiques, un bon début consiste à s’intéresser aux relations formelles, mais également aux relations informelles entre les différentes parties prenantes.

Qu’est-ce que le sens politique ?

Pour les membres du groupe de travail, le sens politique est la capacité de lire lucidement son environnement, les acteurs qui y évoluent et surtout leurs objectifs, enjeux et préoccupations. C’est aussi la capacité de choisir les stratégies pertinentes en fonction de cette lecture pour avoir le plus d’impact possible sur l’objectif.

Un cadre de référence très instructif et utilisé par certains c.o. organisationnels pour décoder leur environnement et y naviguer plus aisément est celui de Ferris et coll. (2005), dont on peut trouver une version française dans Dubé (2011). Les habiletés politiques y sont présentées selon quatre catégories, soit la sociabilité, la sincérité apparente, l’influence interpersonnelle et les habiletés de réseautage.

La sociabilité ou l’intuition sociale représente la capacité d’observer et de comprendre les autres et les situations sociales. Il s’agit de décoder les interactions sociales, d’interpréter correctement ses propres comportements et ceux des autres, et cela, dans un contexte organisationnel. Ici, il est possible de faire un lien avec l’empathie, que nous connaissons bien, pour accéder à de précieuses données sur la situation et pour susciter une attitude d’ouverture et de réflexion chez nos interlocuteurs (Maletto, 2019). Par exemple, on peut déceler, chez certaines parties prenantes, au cours d’une réunion sur un projet, des objectifs ou des intentions qui n’ont pas été énoncés explicitement et qui influencent néanmoins leurs décisions.

La sincérité apparente reflète la capacité d’un individu à faire preuve d’intégrité, d’authenticité et d’ouverture. Sans celle-ci, toute tentative d’influence est vouée rapidement à l’échec. Inspirer la confiance des personnes collaboratrices en démontrant ou en expliquant comment nos actions sont au service de l’organisation et des personnes qui la composent est un bon exemple de cette sincérité.

L’influence interpersonnelle permet d’adapter ses comportements à chaque situation afin d’obtenir d’autrui des réponses souhaitées. Il s’agit de faire preuve de flexibilité dans ses comportements et son discours selon les caractéristiques de la cible et de la situation vécue. Dans une discussion avec un interlocuteur à convaincre, lorsque l’on s’assure d’insister sur les bénéfices de la solution pour cette personne, on use alors d’influence interpersonnelle.

Les habiletés de réseautage comprennent l’habileté à reconnaître et à développer divers contacts et réseaux. Il s’agit de créer et de cultiver des amitiés, d’établir de solides alliances étant donné que ces personnes sont autant de ressources potentielles pouvant s’avérer utiles dans l’atteinte d’objectifs personnels et organisationnels. Toutes les occasions informelles de discuter avec des personnes du milieu pour mieux les connaître, se faire connaître d’elles et développer une relation de confiance contribuent à élargir ce réseau d’alliés potentiels.

Ces quatre catégories d’habiletés politiques nous permettent notamment d’envisager quelles habiletés sont des forces desquelles nous pouvons déjà profiter et quelles habiletés nous aurions intérêt à développer davantage.

Comment développer son sens politique ?

Plus concrètement, pour aiguiser ses habiletés politiques, un bon début consiste à s’intéresser aux relations formelles, mais également aux relations informelles entre les différentes parties prenantes. Ceux et celles qui exercent l’influence ne sont pas toujours en position d’autorité. Ils peuvent même être externes à l’organisation (par ex., partenaires, clients, élus, etc.).

User de sens politique peut donc parfois demander temps, observation, analyse, patience et stratégie. Quels arguments cette personne a-t-elle utilisés pour justifier sa décision ? Comment ont réagi les gens présents lors de cette annonce importante ? Qui était présent ? Absent ? Quels signes non verbaux ont été démontrés ?

Garder les intérêts et le bien-être de l’organisation en tête est une bonne façon de rester intègre tout en étant stratégique. En effet, les buts à atteindre sont le bien-être collectif des employés, des clients, des partenaires et parfois aussi de la société. Néanmoins, plusieurs définitions du bien-être collectif et des meilleures façons de l’atteindre peuvent parfois s’affronter. C’est pourquoi il faut se préparer à jouer ses cartes avec discernement.

Par ailleurs, l’intrapreneuriat, ou voir au-delà de ses fonctions, s’impliquer et s’engager dans l’organisation au-delà de ses propres aspirations et objectifs est aussi une piste à explorer pour mobiliser son sens politique au service du dynamisme de l’organisation.

Enfin, si l’empathie est une des habiletés longuement développées chez les conseillers et conseillères d’orientation, le chemin à parcourir pour mieux influencer nos divers milieux de pratique se situe sans doute davantage du côté des habiletés d’influence et de réseautage. Reconnaître les personnes qui peuvent contribuer à promouvoir les projets que nous pensons nécessaires pour répondre aux besoins de nos clients et clientes, tenir compte des objectifs de ces personnes et les informer des gains qu’elles peuvent elles aussi trouver en adhérant ou en appuyant nos idées sont des gestes à poser. Ces actions requièrent de nous impliquer davantage.

Pour aller plus loin, le groupe de travail vous propose quelques questions à vous poser :

  • Selon moi, quel rôle l’empathie joue-t-elle dans la pratique du sens politique ?
  • Qu’est-ce qui augmenterait mon impression d’être plus habile sur le plan politique ?
  • Qu’est-ce qui ne me manque pas dans les enjeux plus politisés ?
  • Quelles approches semblent mieux fonctionner pour favoriser des discussions constructives ?
  • Quelles sont mes forces et faiblesses à l’égard des quatre compétences du modèle de Ferris ? Quels moyens puis-je mettre de l’avant pour les développer ?

Par ailleurs, l’intrapreneuriat, ou voir au-delà de ses fonctions, s’impliquer et s’engager dans l’organisation au-delà de ses propres aspirations et objectifs est aussi une piste à explorer pour mobiliser son sens politique au service du dynamisme de l’organisation.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus, voici quelques sources connues dans les organisations :

Alors, on se croise au prochain colloque de l’OCCOQ pour exercer notre sens politique ?

Références

DUBÉ, S. 2011. Validation transculturelle en langue française du Political Skill inventory. Thèse de doctorat de l’Université de Sherbrooke.

FERRIS, G.R. et coll. 2005. « Development and validation of the political skill inventory ». Journal of Management, vol. 31, no 1, pp. 126-52.

MALETTO, M. 2019. L’empathie : pour mieux exercer son influence. Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. ordrecrha.org/ressources/developpement-competences-releve/2019/04/empathie-pour-mieux-exercer-influence (consulté le 30 septembre 2019).


Sont aussi membres du groupe de travail sur la pratique organisationnelle :

François Labrecque, c.o.o., conseiller en ressources humaines, VIA Rail

Martine Lemonde, c.o.o., CRIA, A.C.C., présidente-directrice générale, Coaching de gestion

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