Au printemps 2025, un nouveau projet de loi (projet de loi no 112) a été déposé. Appelé Loi favorisant le commerce des produits et la mobilité de la main-d'œuvre en provenance des autres provinces et des territoires du Canada, il prévoit le devoir pour tout ordre professionnel d'assurer la mobilité de la main-d'œuvre dans le respect des engagements prévus dans l'Accord de libre-échange canadien (ALEC).

Dans ce contexte, la mobilité interprovinciale des professionnels et professionnelles devient un enjeu majeur et la conciliation entre la protection du public et le libre échange des services constitue un défi important. Il s'agit de trouver un équilibre entre le maintien de standards professionnels rigoureux, garants de la qualité des services offerts, et la reconnaissance équitable des compétences pour favoriser l'accès à la profession sur l'ensemble du territoire canadien.

Les travaux et les efforts déployés par l'Ordre en lien avec sa planification stratégique, dont l'accès aux services et la compétence constituent deux des enjeux principaux, peuvent ne pas sembler concrets ou tangibles. À mesure que les besoins du public évoluent, que la pratique professionnelle change et que le contexte social et politique se transforme, l'Ordre et l'encadrement qu'il met en place doivent suivre en gardant la protection du public au centre de sa mission.

Je vais tenter de vous présenter sommairement le lien entre l'évolution de la profession de c.o., l'encadrement dans un contexte interprovincial et les initiatives de l'Ordre qui en découlent.

Évolution de la pratique

Comment se pratique la profession de c.o. au Québec

Les activités réalisées par les c.o. s'effectuent nécessairement dans le cadre d'une relation avec un individu qui consulte pour répondre à ses propres besoins ou à ceux de l'organisme qu'il représente. Certaines personnes c.o. peuvent aussi exercer dans une double posture : en relation de counseling avec une personne et en rôle-conseil auprès d'un organisme.

C'est d'ailleurs pourquoi l'OCCOQ conçoit que le counseling pratiqué par les c.o. au Québec est parfois professionnel, parfois personnel, parfois les deux à la fois, et parfois même simultané à un rôle-conseil en organisme, en fonction des secteurs de pratique (scolaire, communautaire, santé et services sociaux, pratique privée et en organisme) et de la singularité de chaque situation. La pratique se décline donc en counseling professionnel, counseling personnel et en rôle-conseil organisationnel.

Au fil du temps, le cadre législatif qui encadre la pratique de la profession de c.o. au Québec a évolué afin d'accorder certaines activités cliniques, partagées avec d'autres professionnels et professionnelles, aux membres de l'OCCOQ. L'évolution de la pratique est alignée avec les besoins émergents en santé mentale, mais aussi avec l'intérêt des professionnelles et professionnels envers ce type de pratique.

Grâce à leur permis de l'OCCOQ, les c.o. sont autorisés à :

  • effectuer des évaluations cliniques dans leur champ d'exercice ;
  • poser un diagnostic de déficience intellectuelle ;
  • poser un diagnostic de troubles mentaux, avec une attestation de formation délivrée par l'OCCOQ ;
  • obtenir un permis de psychothérapeute délivré par l'Ordre des psychologues du Québec.

Il convient de souligner qu'aucune autre province ou territoire au Canada, qui réglemente le counseling, à l'exception notable de l'OCCOQ au Québec, ne réserve à ses membres la responsabilité d'effectuer des évaluations cliniques ou des diagnostics.

Ailleurs au Canada, encadrer les spécialistes ou les généralistes ?

La profession de conseiller d'orientation se développe de manière inégale au Canada. Selon les provinces, la situation varie : dans certaines, la profession est réglementée et réservée à des professionnelles et professionnels dûment formés, tandis que, dans d'autres, l'orientation peut être offerte par une variété d'intervenantes et intervenants sans titre protégé ni activités réservées, comme des enseignants ou enseignantes avec brevet d'enseignement et parfois une courte formation sur l'orientation.

Au Québec, l'encadrement du counseling se distingue par une réglementation axée sur des ordres professionnels ciblant des spécialités précises telles que le counseling d'orientation, la psychoéducation, la sexologie, la criminologie, etc. Cette approche structure les champs d'exercice en fonction des expertises, chaque spécialité relevant d'un organisme de réglementation distinct, en mesure de délivrer des permis adaptés favorisant une identité professionnelle claire pour le public.

À l'inverse, dans les autres provinces et territoires au Canada, la réglementation privilégie un modèle où des organismes englobent l'ensemble des personnes qui pratiquent le counseling, que celles-ci soient généralistes ou spécialisées. Les professionnels et professionnelles peuvent ainsi approfondir leur champ d'exercice au sein du même organisme, favorisant la polyvalence et un parcours évolutif à l'intérieur d'une structure réglementaire unifiée.

Les provinces qui encadrent le counseling et l'orientation

Les provinces qui réglementent le champ d'exercice du counseling en incluant l'orientation, exigeant une formation universitaire de deuxième cycle en santé mentale ou l'équivalent, sont :

  • l'Île-du-Prince-Édouard ;
  • le Nouveau-Brunswick ;
  • et la Nouvelle-Écosse.

Les provinces qui encadrent la psychothérapie et le counseling

Les provinces qui réglementent la psychothérapie et le counseling ensemble, exigeant une formation universitaire de deuxième cycle en santé mentale ou l'équivalent, sont :

  • la Colombie-Britannique ;
  • et l'Ontario.

Les champs d'exercice du counseling thérapeutique au Québec et de la psychothérapie en Ontario se recoupent, le champ d'exercice du counseling faisant partie de celui de la psychothérapie, bien que le contraire ne soit pas vrai.

Les provinces qui n'ont aucun encadrement légal

Les provinces et territoires au Canada où l'orientation, le counseling et la psychothérapie ne sont pas réglementés sont l'Alberta, le Manitoba, le Nunavut, la Saskatchewan, les Territoires du Nord-Ouest, Terre-Neuve–et–Labrador et le Yukon. Cela soulève de multiples questionnements liés à la qualité des services et à la protection du public dans ces provinces et territoires du Canada.

Mobilité des professionnelles et des professionnels

Dans ce contexte d'encadrements distincts, le gouvernement du Québec est signataire de l'Accord de libre-échange canadien (ALEC), qui statue qu'une personne accréditée dans une province ou territoire au Canada peut obtenir le permis pour exercer le même métier ou la même profession dans une autre province ou territoire, sans exigences supplémentaires importantes en matière de formation, d'expérience ou d'examens, et ce, tant qu'il s'agit du même champ d'exercice.

Dans ce contexte, l'Office des professions du Québec a demandé aux ordres professionnels de donner suite aux engagements des gouvernements fédéral et provinciaux. Pour en garantir le respect, il a notamment sollicité l'OCCOQ pour effectuer une analyse comparative entre le champ d'exercice de la profession au Québec et celui des personnes exerçant la profession dans les autres provinces et territoires au Canada qui réglementent la profession.

À la suite des conclusions de ces analyses, les ordres doivent reconnaître les autorisations légales d'exercer leur profession (permis d'exercice) dans une autre province pouvant être inscrites dans un éventuel règlement visant des « permis sur permis » afin de faciliter la mobilité interprovinciale. La demande d'un permis dans le cadre d'un « permis sur permis » permettra la mobilité des personnes professionnelles sans exigences supplémentaires importantes en matière de formation, d'expérience ou d'examens.

Initiatives de l'Ordre

Les orientations adoptées par le conseil d'administration qui sont présentées dans le mot de la présidente, les travaux liés à la mobilité « permis sur permis » et le contexte de pénurie de la main-d'œuvre doivent se refléter dans toutes les activités de l'Ordre.

À l'admission par équivalence

Pour agir en toute conformité et exemplarité, plusieurs démarches liées à l'admission de personnes formées à l'étranger, ou au Canada mais hors du Québec, sont en cours. Elles touchent :

  • la mise au point de balises d'admission qui tiennent compte des champs de pratique des c.o. : le counseling personnel, le counseling d'orientation et la pratique organisationnelle ;
  • l'approfondissement du profil de compétences concernant le niveau requis au moment de l'entrée dans la profession ;
  • la conception d'outils d'évaluation des compétences ciblant les zones de risque de préjudice.

Les travaux sont bien entamés et devraient prendre fin au cours de l'année 2026. Ceux-ci auront une incidence directe sur nos modalités d'admission ainsi que sur l'accès à la profession de c.o. puisqu'elles reconnaîtront la pratique du counseling comme étant centrale à la profession.

À la formation continue

Les démarches entreprises à l'admission ont mené au développement de formations d'appoint spécifiquement conçues pour répondre aux zones de risque de préjudice décelées. Ces formations visent à outiller les candidates et candidats, formés à l'étranger et au Québec, afin d'assurer une pratique sécuritaire et conforme aux attentes de la profession, tout en favorisant une intégration harmonieuse dans le milieu québécois.

Les nouvelles formations sont les suivantes :

  • diagnostic de la déficience intellectuelle : balises théoriques, cliniques et éthiques pour les c.o. ;
  • ensemble structuré en psychométrie et évaluation ;
  • introduction à la pratique des activités réservées et du counseling au Québec ;
  • ensemble de formations en tenue de dossiers et déontologie ;
  • système scolaire et marché du travail au Québec ;
  • lectures dirigées en développement vocationnel (à venir).

Conclusion

Dans un contexte de rareté des services en santé mentale, il paraît primordial de faciliter l'accès à la formation et de contribuer à la mobilité des professionnels et professionnelles du counseling. Les divergences de perspective quant à la distinction entre le counseling d'orientation, le counseling personnel et la psychothérapie dans les organismes encadrant la pratique du counseling et de la psychothérapie au Canada constituent une réalité avec laquelle il faut composer.

Pour la protection du public, tous les acteurs ont leur rôle à jouer. Les membres doivent assurer que leurs compétences continuent de répondre aux besoins de la clientèle et sont ajustées au contexte. Les partenaires du milieu doivent s'adapter aux mouvances d'encadrement et assurer leur pertinence, autant pour les c.o. que pour les besoins du public. L'Ordre, quant à lui, a l'obligation d'ajuster l'encadrement afin qu'il soit cohérent avec l'évolution de la pratique et du contexte politique. L'accès à la profession et la compétence professionnelle sont une responsabilité partagée qui doit allier flexibilité et rigueur.

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